Infanticide à Mhère en 1839

Marie Pigenet verra le jour vers 1809, n’ayant pas encore trouvé son acte de naissance malgré mes recherches, même si une piste n’est pas à écarter. Elle exercera le métier de Journalière et demeurera à La Roche, hameau de Gâcogne puis à Vaupranges, hameau de Mhère et lieu du drame qui va suivre.

Le 3 décembre 1830 naîtra à La Roche sa fille Marie, elle sera âgée de 21 ans. Elle accouchera de sa 2ème fille le 1er février 1836 nommée Marie, elle sera âgée de 27 ans. Puis le 9 juin 1839, elle mettra de nouveau une fille au monde, elle sera alors âgée de 30 ans. Ces 3 filles sont toutes nées de père inconnu

Sa fille aînée se mariera avec Antoine Fichot le dimanche 6 mai 1855 à Lormes, puis s’unira à Edmé Bourdier le lundi 23 juin 1862 à Lormes ; mais toujours pas de trace à ce jour de sa 2ème fille.

Son troisième enfant sera la naissance de trop qui la mènera tout droit en prison !

Acte de décès

Acte de décès de l’enfant décédé. Cliquer sur l’image pour l’agrandir

Retranscription de l’acte de décès dressé le 9 juin 1939 :

L’an mil huit cent trente-neuf le neuf juin à cinq heures du soir, nous maire et officier de l’état civil de la commune de Mhère, canton de Corbigny département de la Nièvre, informé par différents avis qu’au village de Vaupranges maison dite des Chaumes, habitée par Marie Pigenet, fille majeure, on avait trouvé sur le grenier un corps sans vie d’un enfant mort. Nous nous sommes transporté dans la dite maison, où on nous a présenté le corps d’un enfant de sexe féminin qui était sans vie, et Marie Pigenet, nous a déclaré que cet enfant était son fruit, de quoi nous avons dressé le présent acte.
Source : Archives départementales de la Nièvre – Mhère (1799-1842), page 1221.

Pour en savoir plus, je me suis déplacée aux Archives départementales de la Nièvre afin d’y consulter son dossier judiciaire et mieux comprendre les faits.

En date du 2 juillet 1839, Gendarmerie départementale, 8ème légion, signalement de la prévenue par la brigade de Lormes : […] Pigenet Marie journalière, née à Gâcogne (Nièvre), âgée de 30 ans, taille d’un M. 5.53 .M.M, cheveux sourcils châtains foncés front découvert et bouclés, yeux gris, nez petit bouche grande, menton rond, visage ovale, teint pâle, marquée de petite vérole et tâchée de rousseurs.

Tribunal de première instance de l’arrondissement de Clamecy, département de la Nièvre – Ordonnance rendu en la Chambre du Conseil (20ème), Ouï le rapport de M. Drevon, Juge d’instruction près ce tribunal, Extraits :

Considérant qu’il résulte des pièces de la procédure et notamment des aveux de l’inculpée, que cette fille est accouchée le 7 juin dernier ; en son domicile à Vaupranges, d’un enfant de sexe féminin ;

Que le corps de cet enfant a été trouvé le neuf du même mois sur le grenier de la maison qu’elle habite, privé de vie et couvert de gravier et de paille ;

Considérant qu’il est suffisamment établi par le rapport du Dr Guillien, officier de santé, que cet enfant est né viable et qu’il résulte entre autres tant du dit rapport que des aveux de l’inculpée et du témoignage du jeune Fouget, âgé de six ans, qu’il a vécu ;

[…] l’officier de santé qui a procédé à l’autopsie du cadavre de cet enfant, a remarqué qu’il existait de fortes contusions à la pommette gauche et à l’oreille du même côté, que le nez et la bouche étaient aplatis et remplis de graviers, que la partie postérieure du crâne offrait une large ecchymose sous-cutanée, que les parties antérieures et latérales du cou étaient violacées […], ce chirurgien a conclu que l’enfant dont il s’agit avait succombé à une apoplexie causée soit par la strangulation, soit par toute autre violence exercée sur la face et sur la partie antérieure de son cou […] ;

Qu’au moment où le cadavre lui fut présenté et lorsque le Maire de la commune de Mhère, qui avait remarqué, ainsi que toutes les personnes présentes, les traces de strangulation, l’accusait d’avoir donné la mort à son enfant, elle garda le silence ou se borna à répondre qu’elle ne lui avait point fait de mal ;

Que le lendemain, questionnée par Jacques André qui lui demandait si elle avait tué son enfant, elle ne fit aucune réponse, et que sur d’autres interpellations de ce témoin, elle déclara qu’elle aurait fait un trou dans son jardin pour enterrer son enfant, ajoutant ces paroles : « J’étais si bien commandée ! »

Qu’un jour, et avant son accouchement, elle dit à la femme de Jean André, qui s’étonnait en sa présence que des filles eussent le courage de tuer leurs enfants : « Mon Dieu, que vous êtes donc bête ! On ne punit plus pour cela. Autrefois c’était différent, aujourd’hui tout le monde fait ces chose-là. On est seulement mis pour un mois ou deux en prison, bien nourri au pain blanc et du vin, et on ne souffre pas – tant là qu’à nourrir ses enfants. Regardez plutôt cette fille qui avait jeté son enfant dans l’eau à Vauclaix ; elle est restée seulement un mois ou deux en prison, et elle est revenue avec dix francs dans sa poche et un mouchoir neuf sur le cou. »

Considérant que de tout ce qui précède il résulte de suffisantes présomptions contre Marie Pigenet d’avoir volontairement donné la mort à son enfant nouveau-né […].

Acte de décès de Marie Pigenet

Acte de décès de Marie Pigenet survenu le 16 novembre 1843. Cliquer sur l’image pour l’agrandir

Le 17 août 1839, Marie Pigenet sera condamnée à 5 ans de travaux forcés pour infanticide et incarcérée à la prison de Fontevraud-l’Abbaye (42). Elle y décèdera le jeudi 16 novembre 1843, à l’âge de 34 ans (âge approximatif)